Résister sans armes face à l’exploitation pétrolière en République démocratique du Congo

Podcast: Ma terre sans pétrole

Écouter l’épisode ici

En bref

Une terre riche, une lutte quotidienne

Pascal Mirindi a 26 ans. Il vit à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo et il est activiste environnemental. Quand Pascal parle du parc national des Virunga, sa voix change. Il décrit les arbres, les rivières, la savane, le calme. Il parle de ce lieu comme de sa “petite partie du paradis”. Le parc des Virunga, qui fête cette année ses 100 ans, abrite plus de 25 % de la biodiversité des mammifères d’Afrique et joue un rôle central dans la régulation climatique mondiale.

Mais ce paradis est menacé. Comme beaucoup de Congolais, Pascal a grandi dans un pays où les ressources naturelles sont à la fois une promesse et une malédiction. Forêts, minerais, pétrole: la RDC concentre certaines des richesses naturelles les plus importantes de la planète. Pourtant, près de trois congolais sur quatre vivent en dessous du seuil de pauvreté, dans un contexte marqué par la violence et l’instabilité. Pour Pascal, cette contradiction n’est pas abstraite. Elle structure sa vie et son engagement.

Le pétrole comme nouvelle frontière extractive

Dans un pays aux institutions fragiles, l’expansion programmée de l’exploitation pétrolière fait craindre une aggravation des conflits locaux et des dégâts environnementaux irréversibles.

Le message officiel est simple : le pétrole serait nécessaire pour sortir le pays de la pauvreté.

Mais pour Pascal et d’autres activistes, cette promesse réactive un schéma bien connu en RDC, celui d’une extraction décidée sans les populations, au bénéfice de quelques-uns, et au prix de lourdes conséquences sociales et environnementales.

Ma terre sans pétrole est un épisode du podcast documentaire Radio Workshop, qui retrace le parcours de Pascal Mirindi et son engagement dans la lutte non-violente pour protéger ses droits, ceux de ses concitoyens et leur environnement.

« À Radio Workshop, nous parlons de grandes problématiques contemporaines comme l’exploitation des ressources, mais à hauteur d’humain, en écoutant celles et ceux qui les vivent au quotidien. »  – Équipe de production Radio Workshop

Pascal Mirindi, en marge de la mobilisation “draw the line” à Kinshasa en Septembre 2025

Résister sans armes 

La non-violence n’est pas un réflexe évident en République Démocratique du Congo. Le pays est marqué par des décennies de conflits armés, de répressions et de luttes pour le contrôle des ressources.

Pourtant, depuis plus de dix ans, des mouvements citoyens, des collectifs de jeunes et des organisations communautaires font un autre choix : informer, mobiliser et résister sans armes. C’est dans cette tradition que s’inscrit l’engagement de Pascal, membre fondateur d’Extinction Rébellion (XR) Goma, mais aussi dans une histoire plus large de luttes pacifiques congolaises.

Pour ces activistes, la non-violence n’est pas une simple posture morale. C’est une stratégie politique, un refus conscient de reproduire les cycles de violence qui ont façonné le pays.

Une victoire fragile, une lutte qui continue

En réponse à l’appel d’offres d’exploitation des blocs pétroliers, en 2022, les mobilisations s’intensifient. Des activistes parcourent les régions concernées pour informer les communautés, souvent tenues à l’écart des décisions. Des coalitions d’organisations congolaises et internationales se forment. Des campagnes publiques voient le jour. En octobre 2024, le gouvernement annonce l’annulation de l’appel d’offres.

Pour maintenir la pression, la société civile lance la campagne Notre terre sans pétrole (NTSP), rappelant qu’au-delà d’un projet pétrolier, c’est une vision du développement qui est en jeu : poursuivre un modèle extractif à haut risque, ou imaginer un avenir qui protège à la fois les écosystèmes et les populations. D’autant que le gouvernement publie un nouvel appel d’offres encore plus ambitieux.

Un jour, à Goma, Pascal marche dans la rue avec un mégaphone. Il explique les enjeux de l’exploitation pétrolière, parle du processus des blocs pétroliers initié sans consultation populaire, des risques pour les forêts, les tourbières, les rivières.

Une femme qui vend des arachides l’interpelle. Elle lui demande, en Swahili, de lui expliquer simplement ce qu’il raconte. Pascal s’arrête. Il prend le temps. La femme écoute longuement, puis lui dit qu’elle ne pourra jamais manifester avec lui. Mais qu’elle enverra son fils.

« Elle savait très bien ce que ça voulait dire. Que la rue est dangereuse. Et pourtant, elle a choisi de nous faire confiance. » – Pascal Mirindi

Pour Pascal, ce moment résume ce que peut permettre l’approche non-violente : créer les conditions pour que d’autres s’engagent, chacun à leur manière. Une mobilisation lente, fragile, mais profondément politique.

À travers l’histoire de Pascal, Ma terre sans pétrole donne à voir une lutte qui dépasse largement un individu. Qui décide de l’avenir des territoires riches en ressources naturelles ? Et dans quelles conditions peut-on imaginer un développement qui ne sacrifie ni les populations, ni les écosystèmes.

Remerciements

Cet épisode et le travail de Radio Workshop n’auraient pas été possibles sans le soutien de The 11th Hour Project.

Merci à Hindenburg pour le soutien à notre travail via la mise à disposition de logiciels de montage audio.

Toute notre gratitude à Marlène Rabaud et à Arnaud Zajtman, d’Esprit Libre Production pour nous avoir gracieusement laissé utiliser les extraits sonores de leur documentaire Congo Lucha.

Militants de NTSP dans les rues de Goma en November 2025

Écouter l’épisode

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